Île de Kharg : pourquoi cette île iranienne fait trembler le monde entier
Depuis quelques jours, un nom revient dans toutes les chancelleries : Kharg. Cette petite île du golfe Persique, à 25 kilomètres des côtes iraniennes, concentre 90 % des exportations pétrolières de l’Iran. Et Donald Trump menace désormais de s’en emparer.
Un rocher de 20 km² qui pèse sur l’économie mondiale
Kharg n’a rien d’un paradis tropical. L’île abrite un terminal pétrolier géant, des réservoirs de stockage et des pipelines sous-marins reliés au continent. Chaque jour, entre 1,5 et 2 millions de barils de brut iranien partent de ses quais vers l’Asie, l’Europe et l’Afrique. Frapper Kharg, c’est couper l’artère principale de l’économie iranienne.
Le 14 mars, les bombes américaines sur Kharg
Les 13 et 14 mars, les forces américaines ont frappé les installations militaires des Gardiens de la révolution sur l’île : dépôts de mines sous-marines, bases de missiles et sites logistiques utilisés pour le blocage du détroit d’Ormuz. Trump a alors déclaré que « chaque site militaire a été détruit sur l’île ». Les infrastructures pétrolières ont été épargnées, mais le message est clair.
« Prendre le pétrole iranien » : Trump escalade le 30 mars
Depuis Air Force One, le 30 mars, le président américain est allé plus loin dans un entretien avec le Financial Times : « Pour être honnête, ce que je préférerais, c’est prendre le pétrole en Iran. » Il a ajouté que Kharg « n’a pas de défense » et pourrait être prise « très facilement », tout en reconnaissant qu’une présence militaire américaine serait nécessaire « pendant des jours, voire plus ».
La Chine retient son souffle
Pékin observe la situation avec une inquiétude croissante. La Chine, premier importateur mondial de pétrole, fait transiter environ 50 % de ses achats par le détroit d’Ormuz. L’Iran reste un fournisseur stratégique malgré les sanctions. Une destruction de Kharg ne priverait pas seulement Téhéran de ses revenus — elle déstabiliserait toute la route maritime du golfe Persique, menaçant aussi les flux saoudiens, irakiens et émiratis.
Consciente du risque, la Chine a doublé ses importations de brut russe début 2026 et constitué des stocks massifs — environ un million de barils supplémentaires par jour sur les deux premiers mois de l’année, soit une hausse de 15,8 % par rapport à 2025 selon les données douanières chinoises. Mais ces réserves ne tiendraient que quelques semaines en cas de blocage prolongé.
Si les États-Unis occupent ou détruisent Kharg, Pékin pourrait riposter sur le terrain économique. La Chine dispose de leviers redoutables : vente de bons du Trésor américain, restrictions sur les terres rares indispensables à l’industrie tech, voire sanctions ciblées. Un scénario que les analystes de CSIS jugent désormais plausible.
L’Iran promet « l’enfer »
Du côté de Téhéran, le ton est martial. Les responsables iraniens préviennent que toute présence de troupes américaines sur Kharg serait un « aller sans retour ». L’Iran menace de miner le golfe Persique et de frapper les bases américaines dans la région. Les experts militaires estiment qu’une prise de l’île, située entre 15 et 33 km des côtes, exposerait les soldats américains à des tirs de missiles sol-mer et à des attaques de drones en continu.
Et pour les Français ?
L’onde de choc est déjà palpable. Le Brent flirte avec les sommets, les prix à la pompe battent des records et 800 stations-service sont en rupture de stock. Si Kharg est détruite ou occupée, les analystes tablent sur un baril à 140-150 dollars, ce qui pourrait pousser le litre de SP95 au-delà de 2,50 euros. La crise pétrolière liée au conflit Iran-Israël n’a jamais autant pesé sur le quotidien des Français.






