Chroniques sport - Décembre 2010 : Ca se passe comme ça à l'Asvel . . . Révélations
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Le plus gros budget français traverse une crise depuis l'an passé, même si les dirigeants tentent de noyer le poisson en faisaint porter le chapeau à des individus (Bobby Dixon, A.D Vassallo, Vincent Collet). La réalité est toute autre. Le club dérive et vire au capharnaüm interne, ou l'égo trône. Joueurs et hommes de l'ombre compris.
Défaits à Gravelines ce samedi, 73 à 67, les Villeurbannais subissaient leur cinquième défaite en neuf matchs de championnat. La faute à une adresse suspecte (41%) et à un manque d’agressivité vers le cercle flagrant (4 lancers tentés, 11 fautes provoquées!). Qui plus est, la blessure au bras de Mickael Gelabale en fin de première mi-temps n’arrangea rien.
Cependant, l’Asvel n’a pas touché le risible comme en début de saison, avec des fessées à Paris (85-68) et contre Strasbourg (67-82). Elle n’a pas non plus été aussi sotte que l’an passé, ou la victoire aux AS a été la seule éclaircie d’une campagne cafardeuse et foireuse. D’ailleurs, à écouter les dirigeants asvéliens, il n’y aurait aucun lien entre cette dernière et le début boiteux de celle-ci.
Vraiment ? On retrouve, pourtant, les mêmes maux (défense suspecte, investissement personnel insuffisant, tendance à baisser la tête et son short) et les mêmes conséquences atterrantes. Cette continuité pernicieuse, notamment sur la déliquescence dans les moments cruciaux, est réelle. Affirmer l’inverse équivaudrait à refuser de prendre ses responsabilités et de rejeter la faute sur les autres. D’ailleurs, à regarder de plus près, n’est-ce pas ce qui est arrivé ?
Le fielleux A.D Vassallo a claqué la porte, ou plutôt son maillot au nez du président Gilles Moretton, et le sénile Vincent Collet a été prié de lui prendre le pas. De surcroît, Matt Walsh est arrivé, avec sa panoplie d’homme à tout -bien- faire (17.6 points, 8.2 rebonds, 3.8 passes en 35’). Les problèmes ont dû s’envoler, non ?
Un club en pleine paranoïa
L’essoreuse Equipe de France compresse, parfois, le ciboulot des sélectionneurs -et joueurs-. La vieille dame en a cruellement fait l’expérience. Claude Bergeaud, coach en 2005-2006 à Villeurbanne et sélectionneur national de 2003 à 2007, puis Vincent Collet (2008 à novembre 2010 à l‘Asvel, depuis 2009 en bleu), se sont renfermés sur eux-mêmes et leurs (in)certitudes. Criant au complot, à la déstabilisation, surtout vis-à-vis des médias, les deux coachs ont coupé leur groupe du monde extérieur.
Cette idée de « tout le monde est contre nous », étant parfaitement retranscrite par les propos du directeur sportif Pierre Grall, à l’issue de la saison passée « Il y a énormément de gens qui ne ménagent pas l’Asvel ». On était bien loin de la première campagne de Collet, auréolé d’un titre de champion, ou la sérénité régnait, sur et en dehors du terrain. Son intronisation en bleu a correspondu avec un surmenage physique et psychologique légitime. On ne devient pas aigri et méchant du jour au lendemain. Seule l’absence de remise en question de l’ex-entraineur est condamnable. Les autres dérives ne sont-elles pas imputables à une équipe technique laissant son homme fort courir deux lièvres à la fois, une deuxième année consécutive, après s’être planté lors de la première ?
Collet a failli ne pas passer l’été, Gelabale a savonné la planche à Vassallo
En février 2009, la Green Team voit l’arrivée, en qualité de deuxième actionnaire, de Tony Parker. Fort d’un budget gargantuesque pour la Pro A, à hauteur de 7 millions, les ambitions nationales et européennes du club étaient en hausse. Le plantage en règle (9e, non qualifié pour les play-offs et le top 16, mais vainqueur de la semaine des AS à la maison) a donc été d’autant plus rude à avaler.
Cette saison, le budget reste élevé, malgré une baisse (5.9 millions). Malheureusement, l’élimination au tour préliminaire de l’Euroleague et les débuts chaotiques firent ressurgir les démons passés. Comme s’ils étaient déjà partis…
Durant l’été, la direction se livra à une guerre intestine, avec pour substance, doit-on garder Vincent Collet ? Contrairement à ce que le club voudra nous faire avaler, le débat fut long et tendu. De nombreuses voix s’élevèrent contre le sélectionneur national. Cependant, les hommes forts (Moretton ? Parker ? Thiodet ?) décidèrent de rempiler avec Collet, sans réduire son pouvoir. Si ce n’est, comme Basket News le révéla, en lui proposant une liste de joueurs pour renforcer son effectif, dans laquelle il devait piocher.
La suite fut tout aussi ombrageuse. Le capitaine, Mickael Gelabale, à qui l’Asvel a accordé ce qu’elle avait refusée à Amara Sy l’an passé, passa son temps dans les bureaux pour se plaindre de Vassallo et demander sa tête ! Le portoricain, scoreur devant l’éternel, a certes confisqué le ballon à de nombreuses reprises (8/29 dont 3/15 à trois points en deux matchs de championnat) et jeté son maillot sur son président dans les vestiaires après la défaite contre Strasbourg, mais il n’est pas seul responsable de l’avarie villeurbannaise, comme Dixon l’an passé. Coïncidence, son départ à -re-donné envie de jouer à Gelabale, qui errait comme une âme en peine (0 d’éval contre Paris, 7 points et 5 balles perdues contre Strasbourg). Bilan ? 23 points contre Nancy lors de la 4e journée ou 17 à 7/11 à Vichy lors de la 7°, avec les caméras de Sport +. Bizarrement, l’ailier international a surtout brillé devant David Cozette et Jacques Monclar…
Des joueurs perdus, une organisation défaillante
Ces funestes épisodes rejaillirent sur l’ensemble des joueurs. Ainsi, Cliff Hammonds a beau avoir été publiquement conforté par le staff, il n'a jamais pu évoluer dans un contexte de sérénité, puisque le staff lui-même doutait de lui à la sortie des entraînements. Même constat pour Zizic, qui a avoué être perdu dans le système proposé et dans un collectif chancelant. Le pivot croate est totalement perdu sur le terrain (6.6 points et 3.5 rebonds à 39% en 23’), n’apportant aucun point de fixation à l’intérieur et se faisant trop facilement débordé par des pivots plus véloces que lui.
Néanmoins, ces déboires de joueurs, probablement surpayés pour leur apport actuel, n’est que la conséquence d’un club géré à l’emporte pièce. Gilles Moretton, le président, a déjà consommé huit entraineurs depuis son arrivée en 2001, pour deux titres de champion (2002 et 2009) et un ahurissant contingent de joueurs utilisés. Les énormes moyens financiers, humains et structurels mis en œuvre, n’ont pas permis à l’Asvel de récolter ce qu’elle pensait obtenir. Pire encore, le club s'enlise et se satisfait de défaites encourageantes ou de victoires à l'arrachée contre Poitiers (66-64) ou Vichy (63-70). Triste pour la présumée locomotive du basket français.
Pierre Grall fait-il régner sa loi ?
Le directeur sportif, a pris le pouvoir de l'Astroballe. Son interview accordé au Progrès, en mai dernier, est éloquente. Même s’il n’exonéra pas sa part de responsabilité dans l’échec « J’ai été défaillant parce que je n’ai pas su prévenir les gens que nous ne devrions pas aller aveuglement sur cette pente-là. Je devais être le garant de ça », il montra également sa supériorité sur son ex-compagnon, « J’ai recruté Vincent Collet ». Comme pour lui signaler, qui doit décider en dernier lieu, après des brouilles répétées (reconnues par Grall).
De fait, lorsque Collet fut débarqué par la direction, Gilles Moretton a missionné son empereur des bureaux de faire des propositions, pour trouver un nouvel homme fort. Finalement, malgré la « cinquantaine de CV reçue par Pierre Grall, dont ceux de certains coachs à l'étrangers prêts à lacher leur club pour rejoindre l'Asvel», le choix s’est porté sur Nordin Ghrib, ex-assistant du banni et ancien coach de Saint-Chamond en N1 de 1999 à 2005. Surprenant pour un club du standing de l’Asvel. Même si....
Pierre Grall prépare peut être une arrivée ronflante pour l’été prochain. A moins qu’il souhaite garder son emprise sur le club, en le faisant tourner à sa façon. Pour cela, un Ghrib est forcément plus docile qu’un entraîneur de renom. Qu’on le veuille ou non, le maison verte s’est embourbée dans une chienlit inextricable. Pour s’en sortir, le talent de Matt Walsh et le tonus de Davon Jefferson ne suffiront pas. Il faudra taper du poing sur le table en interne, ou la prolifération d’hommes et d’égo ne fait pas bon ménage. Mais Vincent Collet est parti, ne nous inquiétons pas. Tout va pour le mieux, dans le meilleur des mondes. Pangloss disait de même à Candide. On sait ce qu'il est advenu.







